5ème rencontre PLATEM

Évènements
Date: 16 avril 2019 09:00

Lieu: A la MSH SUD, salle 009 "Actes" de St Charles 2 (rue du professeur Henri Serre / arrêt de tram Place Albert Ier

Appel à propositions :

 

Dans leurs pratiques, les chercheurs SHS, comme tous les chercheurs, sont couramment confrontés à des questions éthiques. C’est singulièrement le cas pour les chercheurs mobilisant des méthodologies d'enquête basées sur le recueil de paroles. Le matériau humain et social composant les informations ainsi recueillies sont dites « sensibles » en cela qu’elles peuvent relever du champ des données personnelles, toucher à l’intimité de la personne, et in fine exposer l’enquêté à une certaine forme de vulnérabilité.

Pour accéder à ces sources sensibles et néanmoins essentielles d’information, des chercheurs établissent une relation de confiance avec l’enquêté, relation parfois créée sur le long terme et plus ou moins normée selon les disciplines (consubstantielle à la discipline, dès l’apprentissage de celle-ci, ou bien apprise sur le tas, de manière empirique ou en braconnant dans des disciplines mieux outillées), renvoyant à un cadre déontologique. Ce faisant, le pacte que le chercheur établit avec l’acteur dont il recueille la parole implique une forme de respect et de protection de cette dernière, et au-delà de la personne de son auteur. Ces éléments sont d’autant plus essentiels que, au-delà de la relation duale entre l’enquêteur et l’enquêté, la parole recueillie est destinée à être administrée dans une production scientifique et, de ce fait, conduite à être partagée avec d’autres (la communauté scientifique, les partenaires non-académiques du chercheur, et au-delà).

Ce sont précisément les questions éthiques posées par la relation entre l’enquêteur et l’enquêté, l’administration de la parole de ce dernier et son partage, dans le contexte actuel de la recherche, que cet atelier entend interroger.

Comment faire la science dans le respect dû aux sources, et comment cela se traduit-il dans la transformation des matériaux depuis ceux recueillis à leur présentation et usage public ?

C’est ici moins l’exigence de scientificité qui est interpellée que celle de respect de la parole et de son émetteur, même s’il pourra être intéressant de travailler ces questions de manière croisée.

Comment les différentes disciplines SHS sont-elles outillées en la matière ? Plus encore, par-delà l’attraction « méthodologiste », comment les réponses varient-elles selon la nature des recherches et des enquêtes ? Comment contextualiser la parole de manière à pouvoir l’utiliser en conciliant exigences scientifiques et éthiques ? Comment protéger l’enquêté (anonymat, confidentialité, choix déontologique de ne pas dévoiler tous les matériaux…) ? Au-delà, comment préserver son intégrité et sa dignité ? Comment anticiper les possibles bouleversements induits par l’enquête dans la vie de l’enquêté ? Plus encore, quels retours faire à l’enquêté ? In fine, c’est aussi la question de l’auctorialité qui est convoquée : l’enquêté peut-il/doit-il être considéré comme le co-auteur de l’enquête ?

Au-delà, cette séance entend initier un questionnement qui servira de guide au prochain séminaire PLATEM autour des questions d’archivage numérique des matériaux d’enquête en vue de leur réutilisation par d’autres, au service de nouvelles enquêtes. Les politiques « Open Access » pressent en effet aujourd’hui les SHS de codifier et rendre disponibles leurs matériaux d’enquête ainsi que leurs enquêtes intégrales, avec des exigences juridiques particulières de nature à ébranler les fondements épistémologiques de certaines disciplines et à modifier leurs pratiques éthiques, par exemple en ayant recours au formulaire de consentement libre et éclairé des sources. Celui-ci fait reposer la question éthique sur le contrat entre individus autonomes et la responsabilité individuelle sur les personnes enquêtées ; ainsi, le chercheur n’est plus amené à jouer le rôle de tiers garant mentionné ci-dessus.

Que fait la demande de consentement à l’enquête et à la relation enquêteur-enquêté ? En quoi la réponse varie selon la nature des recherches et des enquêtes ? Le « consentement » de l’enquêté est-il donné à l’enquêteur ou à la communauté scientifique dans son ensemble ? D’une manière générale, quelles sont ainsi les contraintes éthiques à la réutilisation de matériaux de type témoignages ou entretiens ?

 

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